À Abomey-Calavi, la gestion du cimetière d’Adjagbo suscite l’indignation des usagers et l’interpellation des élus communaux. Malgré le paiement de 250 000 FCFA pour la concession et l’inhumation, des familles endeuillées dénoncent l’indisponibilité des fosses au moment des obsèques et des frais supplémentaires pour leur fermeture. L’incapacité de l’entreprise adjudicataire à honorer ses engagements, conjuguée à l’absence de mesures correctives apparentes, place le maire Nathanaël Koty et la Secrétaire exécutive, Carine Laorou, sous le feu des critiques des conseillers communaux.
Le mal est très profond et symptomatique de la navigation à vue qui a toujours caractérisé la gouvernance au sommet de la municipalité d’Abomey-Calavi, et ce, quel que soit le maire. Même sous Nathanaël Koty, l’actuel homme fort de la ville, qui avait pourtant suscité l’espoir d’une rupture avec les pratiques décriées de mauvaise gouvernance, l’histoire est malheureusement en train de se répéter.

Au cimetière d’Adjagbo, le plus grand de la commune, qui connaît une modernisation progressive grâce aux investissements du gouvernement, les populations peinent à enterrer dignement leurs morts. Et pour cause : malgré les 250 000 FCFA exigés des usagers pour la concession et l’inhumation, l’administration communale ne parvient pas à garantir la disponibilité des fosses au moment où les familles en ont le plus besoin. L’entreprise adjudicataire, chargée de leur réalisation, semble ainsi incapable de satisfaire aux exigences de son cahier des charges, tandis que les responsables municipaux peinent à mettre un terme à ce désordre.
Le résultat est aussi révoltant que pénible. Chaque week-end, des familles endeuillées arrivent au cimetière avec les dépouilles de leurs proches, convaincues d’avoir accompli toutes les formalités nécessaires pour leur offrir une dernière demeure digne. Mais sur place, elles se heurtent à une réalité humiliante : aucune fosse n’est immédiatement disponible. Pourtant, les redevances ont été régulièrement acquittées et les démarches administratives effectuées. Les proches des défunts sont alors contraints d’attendre de longues heures, dans la douleur et l’incertitude, le temps que les fosses soient enfin mises à leur disposition. Comment peut-on laisser des familles, déjà éprouvées par la perte d’un être cher, subir une telle épreuve dans un lieu où elles devraient pouvoir accomplir sereinement leurs rites funéraires ?
Le double paiement qui alourdit le deuil
Comme si cette attente interminable ne suffisait pas, les enquêtes font également état de frais supplémentaires réclamés aux usagers par le service marchand pour la fermeture des fosses. Une pratique vivement dénoncée par les personnes concernées, qui estiment que les 250 000 FCFA versés initialement devraient couvrir les prestations annoncées pour la concession et l’inhumation. À la douleur de la perte s’ajoute ainsi une pression financière supplémentaire, au moment même où les familles sont le moins en mesure de faire face à de nouvelles dépenses. Qui autorise ces prélèvements ? Sur quelle base sont-ils exigés ? Et pourquoi les usagers devraient-ils payer davantage pour une prestation dont ils pensent s’être déjà acquittés ? Autant de questions auxquelles la mairie doit apporter des réponses précises, transparentes et documentées.
Au-delà de ces frais contestés, c’est la capacité de l’entreprise adjudicataire à respecter ses engagements contractuels qui se trouve directement mise en cause. Lorsqu’un prestataire est chargé de réaliser des fosses, sa mission ne saurait se limiter à une exécution approximative, sans considération pour les besoins réels des familles. La disponibilité des ouvrages au moment des obsèques constitue une exigence fondamentale du service. Si les retards dénoncés sont établis, ils appellent des explications sur les obligations contractuelles du prestataire, les mécanismes de contrôle mis en place et les éventuelles mesures correctives ou sanctions prévues. L’argent versé par les usagers ne saurait se traduire par une simple promesse de service.
Koty et Laorou interpellés sur leur responsabilité

Face à cette situation, l’inaction dénoncée des deux principales autorités de l’administration communale soulève de sérieuses interrogations. Le maire Nathanaël Koty, premier responsable politique de la municipalité, et la Secrétaire exécutive, Carine Laorou, au cœur de l’administration des services communaux, sont désormais interpellés sur leur capacité à rétablir l’ordre dans la gestion du cimetière. Comment expliquer que les difficultés persistent au point de perturber le déroulement des obsèques, sans qu’une réponse suffisamment visible et durable ne soit apportée aux plaintes des usagers ? Pourquoi l’entreprise adjudicataire continuerait-elle à être mise en cause dans l’exécution de ses prestations si les mécanismes de suivi et de contrôle fonctionnent correctement ? Il appartient aux responsables municipaux de clarifier la situation, de vérifier les faits et, le cas échéant, d’exiger du prestataire le respect strict de ses engagements.
Les conseillers communaux montent au créneau
La crise a fini par s’inviter dans le débat politique local. À l’occasion de l’ouverture de la quatrième session ordinaire du conseil communal, le mercredi 28 octobre 2026, des conseillers municipaux ont élevé la voix pour dénoncer les difficultés rencontrées par les usagers du cimetière d’Adjagbo et interpeller les responsables de la mairie. Le témoignage du conseiller communal Alain Vigan, qui s’est présenté comme une victime de cette situation, donne une dimension particulière à cette dénonciation. Lorsque des élus eux-mêmes se disent confrontés aux dysfonctionnements qu’ils sont censés contribuer à corriger, la question de la qualité du service public ne peut plus être reléguée au second plan. Cette sortie des conseillers traduit l’ampleur des préoccupations suscitées par une gestion qui appelle désormais des mesures concrètes.
Des explications et des mesures urgentes attendues
La municipalité d’Abomey-Calavi ne peut durablement se réfugier derrière les responsabilités opérationnelles de l’entreprise adjudicataire. Dès lors que le service est assuré dans le cadre d’un dispositif communal et que les usagers s’acquittent des sommes exigées, il revient aux responsables compétents de veiller à la continuité, à la qualité et à la transparence des prestations. La mairie doit notamment faire la lumière sur les frais supplémentaires dénoncés, établir les responsabilités dans les retards de mise à disposition des fosses et communiquer sur les dispositions prises pour éviter que de telles situations ne se reproduisent.
Au fond, l’affaire du cimetière d’Adjagbo dépasse les simples difficultés d’organisation d’un service funéraire. Elle pose la question du respect dû aux citoyens, de la bonne utilisation des redevances perçues et de l’obligation de rendre des comptes. Pour les familles endeuillées, il ne s’agit ni d’un débat politique ni d’une querelle administrative, mais de pouvoir enterrer leurs proches sans subir une attente interminable ni supporter des charges supplémentaires contestées. Tant que des réponses claires ne seront pas apportées et que des mesures efficaces ne seront pas mises en œuvre, le cimetière d’Adjagbo restera le symbole d’un service public défaillant, où les populations peinent à enterrer dignement leurs morts.
B.N


























































